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Ingérence, ça va, mais deux, bonjour les dégâts

Ingérence, ça va, mais deux, bonjour les dégâts

En affirmant qu'il était inadmissible que Ribéry et Evra portent de nouveau le maillot de l'Equipe de France, la nouvelle Ministre des sports s'est mise au diapason de sa prédecesseuse, Roselyne Bachelot en donnant son avis sur la situation des Bleus. Entre ingérence et coup médiatique, Chantal Jouanno sait-elle vraiment où elle met les pieds?

En général, on ne connaît le visage du ministre des sports que lors d'une victoire des équipes nationales. Bras au ciel ou serrés autour de son voisin de siège, on se dit que dans l'euphorie collective, ces gens nous sont finalement assez proches et qu'ils partagent le même goût que nous pour les joies simples que seule la victoire sportive peut procurer. Chantal Jouanno ne fait pas exception à la règle puisqu'elle était de la partie ce dimanche 30 janvier 2011 pour soutenir l'équipe de France de handall, lors de la finale du championnat du monde en suède.

Une équipe de France en chassant une autre, l'occasion était trop belle pour l'ancienne championne nationale de karaté de posture de rebondir sur les propos de Fernand Duchaussoy, président de la Fédération Française de Football qui lui contestait le fait qu'elle trouve inadmissible que Ribéry et Evra puissent revêtir de nouveau la tunique bleue.

Quelques heures avant la finale, ce dernier avait alors répondu que "Tout le monde a droit à une deuxième chance quand il a purgé sa peine" .On peut reconnaître au Président de la 3F une certaine forme de courage de s'opposer à son ministre de tutelle, mais cela était sans compter sur la réaction d'après-match de la ministre, qui lorsqu'elle prend une telle claque ne tend pas l'autre Jouanno et reste fidèle à sa ligne de conduite :

"C'est juste une question de principe et de valeurs. La nouvelle fédération de football était là pour remettre les choses dans l'ordre, dans le droit chemin. Ils ont constaté qu'après le drame en Afrique du Sud, ils ont perdu plus de 8% de licenciés. C'est parce que justement, ils n'ont pas représenté ces valeurs. Remettons les choses dans l'ordre. Faire ce genre de déclarations, de la part du président de la Fédération Française de football, je trouve que c'est se tirer une balle dans le pied et surtout tirer une balle dans le pied du sport français et du football tout particulièrement. Nous avons de très beaux talents en France qui n'ont pas sali l'image de la France. Donnons-leur leur chance."


Quels enseignements peut-on tirer de cette joute verbale?

Tout d'abord, que le gouvernement actuel ne compte pas mettre fin à l'ingérence dont elle a fait preuve après les évènements de Knysna. Une fois la compétition achevée,  la FIFA avait reconnu n'avoir pas d'informations sur une forme d'ingérence de la part de la Ministre des sports de l'époque. Une réponse qui apparaît plus comme un effort de diplomatie que comme une véritable enquête de la part de l'organisme international. Car ce 26 juin, il y'avait bien ingérence de la part de Roselyne Bachelot qui appelait à la démission de Jean-Pierre Escalettes. Rappelons également que certains députés de l'UMP avaient souhaité et obtenu une commision parlementaire sur les évènements d'Afrique du Sud.

Or, quel est la politique de la FIFA dans ce domaine? On reconnait au football sa qualité d'universalité. Afin d'éviter de s'adapter aux spécificités de chaque nation, la FIFA  indique que lorsqu’un gouvernement autorise la fédération de son pays à devenir membre, ce gouvernement accepte de cogérer, de partager la souveraineté footballistique de son pays. Toute ingérence d'un tiers est passible de sanction.

Quel intérêt pour la Ministre des sports de s'aventurer alors sur ce terrain?

On ne peut pas douter de la connaissance de ce réglement du côté de l'avenue de France, siège du ministère. L'intervention de Jouanno n'a qu'un objectif : s'imposer dans le paysage médiatique. Dans un contexte social en crise, où les valeurs de la République et la légitimité de ceux qui la gouvernent est mise à mal, de bons résultats sportifs d'une équipe nationale apparaissent forcément comme un bol d'air frais auquel il est essentiel de montrer que l'on est partie prenante de ce succès.

Malheureusement pour le gouvernement du Président Sarkozy, la campagne de l'Equipe de France en Afrique du Sud aura été un fiasco complet, symbole d'un foot business, de stars capricieuses et vérolées par l'argent et les scandales de prostitution.

L'unique manière d'exister médiatiquement pour le gouvernement dans cette affaire est de parler de "moralisation", comme il a pu le faire lors de la crise financière. A défaut d'être un acteur de la victoire, le gouvernement sera être un acteur de sa rédemption.

Malgré ses dérives, le monde politique ne peut faire l'impasse d'un intérêt du football. Même lorsque la France excelle dans un autre sport, il lui semble nécessaire d'effectuer la comparaison.

En s'insurgeant du retour des bannis, Chantal Jouanno sait parfaitement que c'est un coup d'épée dans l'eau qui n'aura aucune incidence sur la FFF mais dont l'onde aura des répercussions médiatiques importantes. Personne n'a apprécié le comportement des "mutins du bus" et il est donc plus facile de céder à l'appel du populisme que de s'atteler aux véritables chantiers du sport.

La nouvelle ministre des Sports sait que la politique est un combat où l'on agite plus souvent les bras pour brasser de l'air que pour réellement entreprendre...

...un peu comme le karaté de posture, finalement.

 
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