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Moustache Football Club, réflexion et analyse sur l'actualité du football.

Spectacularisation du football : illogisme sportif

Spectacularisation du football : illogisme sportif

Trois histoires, trois exemples de la theatralisation qu'impose les médias et particulièrement Canal Plus au football. Entre le spectacle hebdomadaire de la tauromachie divine en Catalogne, la posture de tragédie antique à Paris et le football périphérique de Manchester United – Sunderland, le Moustache Football Club revient sur trois manières de représenter le football. En adéquation avec l'esprit du jeu ?

Trois histoires, trois exemples de la theatralisation qu'impose les médias et particulièrement Canal Plus au football. Entre le football périphérique de Manchester United – Sunderland, le spectacle hebdomadaire de la tauromachie en Catalogne et la posture de tragédie antique à Paris, le Moustache Football Club revient sur trois manières de représenter le football. En adéquation avec l'esprit du jeu ?



LES 25 ANS DE FERGUSON : LE FOOTBALL A LA PERIPHERIE DE L'EVENEMENT

Le 5 novembre dernier, Sir Alex Ferguson fête ses 25 ans à la tête de Manchester United, un événement qui ne doit pas être minimisé, peu d'entraîneurs peuvent se vanter d'une telle longévité et d'un palmarès aussi florissant. A l'occasion de la réception de Sunderland, Old Trafford se pare de ses habits de fête, une tribune est même rebaptisée en faveur de l’Écossais, ses adversaires d'un jour lui font une haie d'honneur. Canal Plus est bien sur présent comme à son habitude pour la diffusion du match d'une des équipes du Big Four. Or, ce match devient un accessoire de l’événement historique. Toutes les trois minutes, Stéphane Guy ponctue ses commentaires d'une référence à la carrière de Sir Alex, parfaitement aidé par le diffuseur britannique qui multiplie les ralentis et plans serrés sur le banc mancunien. Le football devient un élément périphérique, le match anecdotique.

Il est une excuse à la diffusion de l'événement historique.



FC BARCELONE : DIEU ET LA CORRIDA


Chaque match au Camp Nou s'apparente à une corrida : il y aura de grandes chances que le taureau adverse sera mis à mort. Secrètement on espère que le matador y reste. Le Real Madrid et le FC Barcelone bénéficient de telles facilités financières [VOIR NOTRE ARTICLE] qu'ils évoluent dans un autre monde que les 18 autres équipes de la Liga. A l'estocade souvent, l'on retrouve Léo Messi, antihéros du football contemporain. Un physique banal, invisible en sélection, il n'en reste pas moins un produit commercial extrêmement juteux. En termes statistiques, à l'instar d'un Ferguson, il est en effet un phénomène. À 24 ans, il rend chaque saison une fiche à plus de vingt buts dans un collectif taillé pour son jeu. Quinze trophées en club, deux ballons d'or avant d'avoir passé le quart de siècle, peu de footballeurs aujourd'hui peuvent se permettre d'afficher un tel palmarès.

On peut s'interroger sur le moment qu'a choisi Canal Plus pour rendre hommage au lutin argentin. Jérôme Latta des Cahiers du Football estime qu'il s'agit d'une magnifique opportunité pour son équipementier de présenter sa nouvelle collection  [VOIR L'ARTICLE].

Un avis que l'on est pas loin de partager, la tribune offerte à l'Argentin lors du Canal Football Club précédant l'inventaire à la Prévert des filets qui tremblent regorgeait de logo de la marque allemande. Une chaussure qui aura droit à cinq minutes de présentation à l'issue de l'interview. Sans l'Argentin cette fois-ci. Messi, aussi divin soit-il, n'est qu'une rampe de lancement. Décisive pour David Silva et marketing pour Adidas.




PSG : PROMETHEE SAINT GERMAIN

Il y'eut un avant et un après. Trop longtemps convaincus que le championnat français était ennuyeux, la meute médiatique a accueilli l'arrivée d'investisseurs qataris comme une aubaine. Enfin ! Enfin ! Nous deviendrions compétitifs, enfin ! Enfin ! Nous aurions droit nous aussi aux divinités en short ! Enfin le football deviendrait ce que les médias attendent de lui : un objet d'attention et de divertissement. Avec ou sans ballon.

La spécificité géographique française conduit à conférer à Paris une place spéciale, renforcée par une presse qui peine à comprendre les phénomènes sociaux qui se trouvent de l'autre côté du périphérique. Paris reste et restera toujours l'épicentre médiatique. Trop habitué à la rubrique faits-divers, le PSG voyait s'offrir une seconde naissance. Imaginez la tête des scribouilleurs lors du mercato où les extrapolations les plus folles peuvent devenir possibles : une orgie de rumeurs, jusqu'à l'indigestion.

A ce journalisme dionysiaque, il fallait une icône : Javier Pastore, un nom idoine pour des milliers de brebis égarées prêtes à suivre béatement la moindre déclaration et le moindre geste du nouveau messie de l'hexagone. Un berger qui accepte sans broncher son rôle de fournisseurs de chaires fraîches aux grands groupes de distribution médiatiques.

Priant ses supporters de laisser la place aux spectateurs, le club de la capitale pouvait alors se transformer en nouveau pôle de divertissement à la mode, où les cols-blancs n'ont plus peur d'être molestés par la plèbe.

Las, le PSG est le mythe de Prométhée du football français. Né d'une union forcée entre le PFC et le Stade Saint-Germain [VOIR NOTRE ARTICLE] .

Le club de la Capitale semble coincé dans une éternelle ritournelle. Prométhée, banni de l'Olympe par Zeus pour avoir donner le feu aux hommes se vit infliger le supplice d'être enchaîner nu à un rocher du Caucase où un aigle vient lui dévorer le foie quotidiennement, ce dernier repoussant chaque nuit.

Même lorsque le climat dans les tribunes semble enfin apaisé, que le club semble bénéficier des armes pour récupérer son statut des années 90, qu'il a à sa tête un entraîneur aimé car ancien joueur fidèle de la capitale, il s'agit de dramatiser chaque anicroche, chaque « accident sportif ».

Paris est indestructible mais Paris est rasée chaque saison. Par des aigles dont les plumes sont trempées dans le venin.



POUR UN FOOTBALL CHIANT

Ces trois exemples illustrent à mon sens l'inadéquation entre un football devenu avant tout un spectacle et la logique du sport. Quel intérêt de s'attarder sur un match du FC Barcelone alors qu'il reste soixante minutes à jouer et que le score est de trois buts d'écart ? Pourquoi se passer d'un entraîneur parisien - qui plus est ancien joueur qui a marqué l'histoire du club – alors que ce dernier bénéficie de bon résultats ?

La spectacularisation du sport n'est pas un fait nouveau mais la place de plus en plus importante qu'a pris le média télévisé dans le football conduit à théâtraliser l’événement sportif.

Michel Rocard avait eu une phrase éloquente pour justifier son désamour du petit écran :

 


« Quand on lit un texte, on peut s'arrêter, prendre un dico pour comprendre un mot, à l'image pas question tout passe trop vite. L'image a une densité si forte qu'elle occulte le reste mais pour qu'on lui soit fidèle, il faut qu'elle change... tout le temps et on est fidèle à l'image quand elle est émotive, conflictuelle. Tout ce qui est explicatif est ennuyeux, tout cela n'est pas dû à la sottise des journalistes mais par la nécessité professionnelle de l'image. Simplement le résultat, c'est une décadence culturelle de tout un peuple. Personne ne réfléchit. Alors je n'aime pas ça et je ne regarde plus la télé. »


Une sortie polie pour ne pas se fâcher avec les leaders d'influences mais qui s'applique parfaitement à ce que doit être une retransmission télévisée d'un match : une histoire qui se raconte, avec ses temps morts et ses points d'orgue, qui se doit de sentir le foutre et le sang.

Les médias estiment que le peuple veut du sang et des jeux. Point besoin de quête du sens pour les honnêtes petites gens. L'intellectualisation du football est en général mal perçue, une perte de temps pour ceux qui veulent avant tout se détendre entre deux journées de travail. Le nivellement par le bas s'opère d'ailleurs parfaitement par l'intervention de journalistes sans argument mais qui ont pour eux deux qualités : la capacité à créer la polémique et un phrasé populaire. Pierre Ménès et Pierre Salviac sont deux merveilleux exemples, deux pierres tombales sur lesquelles sont gravées l’épitaphe « Ci-gît le droit de penser le football ».

La société industrielle est une société du divertissement, Michel Houellebecq indique dans « La possibilité d'une île » que la génération 80-90 était une génération de kids éternels. Le public vient chercher des émotions au stade où devant sa télé. Mais quid de ce même public lorsqu'il pratique le football en dehors de millions de regard ? Les pratiques sportives professionnelle et amateur ont-elles encore la même philosophie ? Comment justifier la nécessité de la passion sur la pelouse et réfuter celle qui a lieu dans les tribunes ? Comment expliquer à un jeune qu'il ne doit pas simuler le dimanche matin ou respecter son adversaire lorsque le football apparaît comme l'exemple pur et parfait de l'exercice de la concurrence ?

La tentative de suicide de l'arbitre allemand [CLIQUEZ ICI], considéré par les médias allemands comme le pire arbitre d'outre-Rhin peut être considérée comme une métaphore de cette volonté libérale : se défaire des entraves des garants de la loi, ou du moins les discréditer afin de ne privilégier qu'une chose : le spectacle, le sacro-saint spectacle.

Comme le suicide de Gary Speed ce week-end, on trouvera des causes extérieures au football pour justifier de son geste. Une déception amoureuse, une dépression, un problème familial...Le ballon rond n'est jamais en tort pour expliquer un tel drame.

On ne s'étonnera donc plus, qu'un jour, l'on vienne voir le football comme l'on vient voir Molière : en espérant qu'il crève sur scène.




 

 

 
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"Messi, aussi divin soit-il, n'est qu'une rampe de lancement. Décisive pour David Silva et marketing pour Adidas."

Petite confusion, il ne s'agit pas plutôt de David Villa ? ^^
Corrigé, merci François.
Super article, merci.
Article très intéressant.
Mais parler de Messi invisible en sélection c'est considérer que seul le joueur qui marque des buts est important et que les autres, ses coéquipiers, sont inutiles, tout juste bons pour faire le nombre.
Une autre conséquence du foot-spectacle.
Pedro caramba
30 Novembre 2011
je suis 100% d'accord sur le contenu de l'article mais il enfonce des portes ouvertes pour le lecteur de ce type de site !
alors plutôt que broyer du noir, voyons le verre à moitié plein et plutôt que de taper sur les médias qui représentent le plus grand nombre, valorisons les initiatives qui nous donnent envie de continuer à taper dans le ballon le dimanche matin !
Arthur Michel
01 Décembre 2011
@Pedro.

On alterne les deux, les initiatives sympas (les articles sur l'AFC Wimbledon, le foot écolo) et le matraquage des gros. N'oublies jamais qu'ils ont une puissance médiatique largement supérieure à un blog et que certains n'ont pas encore toutes les cartes en main pour comprendre le fonctionnement que nous, MFC, nous considérons comme peu éthique.

Libre aux gens d'adhérer à nos propos ou pas, en tout cas, il ne me viendrait pas à l'esprit de plaindre ces gens qui jouent avec nos sentiments pour de l'argent :)
Un excellent article en tout cas qui met en avant le football spectacle et business au lieu de l'humain... espérons que les choses changeront...
lannoy dylan
17 Mars 2012
Aller messi tu vas iriver la aller barca je itien a ton equipe de berca et je joue avec toi sur le joue fifa 12