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Géographie du football : La Premier League

Géographie du football : La Premier League

Londres, Birmingham, Manchester, Liverpool et Newcastle, voila comment l’on pourrait résumer la carte de la Premier League Anglaise. La localisation des clubs de l’élite anglaise apparaît extrêmement concentrée sur un territoire 4 fois plus petit que la France et qui accueille tout de même 51 millions d’habitants. Zoom sur la patrie qui a vu naître le football...

Londres, Birmingham, Manchester, Liverpool et Newcastle, voila comment l’on pourrait résumer la carte de la Premier League Anglaise. La localisation des clubs de l’élite anglaise apparaît extrêmement concentrée sur un territoire 4 fois plus petit que la France et qui accueille tout de même 51 millions d’habitants. Zoom sur la patrie qui a vu naître le football...


…ou plutôt, qui a vu naître le sport « football association »

Si il existe une certitude quant à l’origine du football tel qu’on le connaît maintenant et que des preuves historiques existent, rien n’est moins sur quant à ses sources d’inspiration. Tantôt dérivé de la soule, tantôt inspiré du  calcio florentin  italien ou de l’haspartum pratiqué par les Romains, le sport qui l’a inspiré suscite de nombreuses convoitises à l’aube du XXe siècle, lorsque le Football association devient le « people’s game » (le jeu du peuple).

En effet, selon Paul Dietschy dans son « histoire du football » le foot est avant tout un pur produit de la modernité britannique, provoqué par les bouleversements sociaux, politiques et culturels qui ont accompagné la révolution industrielle.


Le jeu du peuple est avant tout le jeu des « clubs » et des grandes écoles privées.

Ce qui forge le sport moderne et le différencie des jeux précédant la Révolution Industrielle, c’est la naissance du club : comme l’indique Paul Dietschy, il est à la fois symbole de liberté (celle de se réunir et de s’associer) mais également, d’exclure puisque n’y étaient admis que les pairs triés sur le volet), il devient le laboratoire de la sociabilité, de l’organisation et de la réglementation. Le football naquit donc grâce à la sociabilité et aux loisirs de la classe aristocratique.

Dans la première moitié du XIXe siècle, les grandes écoles privées qui accueillent les descendances aristocratiques : Eton, Rugby, Winchester, Harrow avaient chacune leur football. A Rugby, l’on pratiquait le football à la main alors qu’Eton ou Westminster étaient plutôt partisanes  du « dribbling game ». Dans ces deux cas, le sport était perçu comme une source de discipline et de moralité et également comme une nouvelle forme de virilité, représentant les vertus de sérieux, d’abnégation et de rectitude. Alors qu’en France, la construction de la masculinité s’effectue plutôt par le modèle militaire, hérité des guerres révolutionnaires et napoléoniennes.


Un sport qui sort des murs des Public Schools grace aux « old boys »

Désireux de continuer à s’adonner à ce sport, les anciens de ces écoles choisissent en général de s’établir à Londres dans l’un des métiers qui seyaient le plus à leur statut social de membre de la Upper Middle Class : avocat, médecin, homme d’église ou professeur. C’est à la fin des années 1850 que naquirent les premiers clubs : le Sheffield Football Club en 1857 ou Stoke City en 1863. Il faudra attendre cette même date et la popularité croissante de ce sport pour que les premières tentatives d’unification des règles s’effectuent sous l’impulsion des « clubs » londoniens, soucieux de présenter autre chose que œil poché et hématome suite à la pratique de ce loisir. En 1885, l’essentiel des comtés anglais comptaient leur association et respectaient les mêmes règles édictées du football association.


D’un loisir de la bourgeoisie au football de masse


C’est dans ce contexte associatif que le football voit sa popularité croître. La Révolution industrielle et les progrès de production ont permis la réduction du temps de travail et l’allongement du temps consacré au loisir. Le football s’inscrit donc dans cette évolution sociétale, l’excédent consacré au loisir – même si il restait mince – permettait aux salariés d’acheter un journal, d’aller au pub ou d’assister à un match de football. Les classes dirigeantes voyaient en ce sport le moyen de moraliser et de contrôler la classe ouvrière et de les éloigner du pari et de leur goût pour la boisson.

Le football tel qu’il se trouve en Angleterre est donc l’héritage partiel de cette genèse. Attardons-nous maintenant sur la géographie du football anglais tel qu’il se trouve pour la saison 2010-2011.



Géolocalisation des clubs de Premier League en Angleterre pour la saison 2010/2011

 

 

Stoke City est la seule marque d’originalité géographique de la Premier League cette année. Le deuxième plus ancien club de football professionnel au monde apparaît isolé puisqu’il est le seul à ne pas avoir de concurrent direct dans un rayon de moins de 60 km ! Une concentration unique pour l’un des grands championnats européens, 8 des 20 clubs étant concentré dans le bassin du Lancashire (Blackburn, Blackpool, Bolton, Everton, Liverpool, Manchester City, Manchester United et Wigan), cinq se situant des les Midlands de l’Ouest, autour de la seconde ville du pays, Birmingham (Aston Villa, Birmingham City, Stoke, West Bromwich Albion, Wolverhampton) et cinq également au sein de la capitale londonienne (Arsenal, Chelsea, Fulham, Tottenham et Westham).

Exclu de ce corridor urbain se trouve sur la côte nord-est, de l’autre côté de la chaîne montagneuse des Pennines Newcastle et Sunderland nous la joue ville de football du nord du pays, qui n’est pas sans rappeler la rivalité hexagonale entre Lille la bourgeoise et Lens l’ouvrière.


Rapprochement géographique = rivalité ? pas si sûr…

Avec une telle concentration de clubs, on comprend alors mieux que la notion de derby soit d’origine britannique. Cependant, il serait faux de résumer la rivalité qui unit deux clubs à une notion de rapprochement. On peut relever 2 types de confrontation en Angleterre :

Les derbys entre villes centres : mettant aux prises deux villes importantes d’un territoire, ce qui est assez proche d’un PSG-OM en France :

- Liverpool contre Manchester United, pour le derby of england qui voit s’affronter les deux clubs historiques du nord de l’Angleterre.

- Manchester contre les équipes londoniennes, et plus principalement Arsenal, à cause de la rivalité entre Ferguson et Wenger.

 

Les derbys entre une ville centre et une de ses villes périphériques ou un quartier :

Souvent, cette « rivalité de proximité » revêt un caractère sociologique intéressant à décrypter puisque l’affrontement de deux villes / quartiers géographiquement proches fait apparaître un rapport de domination économique, comme c’est le cas entre le quartier londonien de Chelsea et Fulham.


Londres, capitale européenne du football

Comme indiqué dans l’historique, Londres et sa classe dirigeante sont à l’origine de l’extraction du football en dehors des Public Schools. Il n’est donc pas étonnant de constater que cette métropole respire encore aujourd’hui le football.

 

 

The London Football Association voit le jour en 1882 et bientôt une multitude de clubs est créée…dont la plupart existe encore à l’orée du XXIe siècle ! Parmi les plus prestigieux, Fulham est le plus ancien, puisque sa création date de 1879, Woolwich Arsenal (l’ancêtre d’Arsenal) est le premier club londonien de la classe ouvrière, devenant professionnel en 1991, au détriment du boycott de la Football Association, fervent défenseur de l’amateurisme.

Aujourd’hui, Londres ne compte pas moins que de 48 clubs au sein du « Greater London », dont 13 au sein des 4 divisions professionnelles du football anglais, ce qui est proprement hallucinant au sein des plus grands championnats européens. Chacun possède une aura particulière, Arsenal reste le plus populaire, tant par son histoire que par la culture du jeu instaurée par Arsène Wenger, Tottenham est celui qui a gagné la première coupe européenne, Chelsea est le parvenu et Fulham et West Ham ont conservé leur image de clubs populaires.

De part le poids de son histoire et de son ancrage dans la culture populaire, il peut apparaître difficile à comprendre pour un Français que le football fait partie du paysage londonien, chaque habitant étant viscéralement attaché à un club…Bizarrement et malgré sa présence, les clubs londoniens affichent un retard quant au nombre de trophées accumulés, loin derrière les clubs rivaux de Manchester et de Liverpool…




 

 
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