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Moustache Football Club, réflexion et analyse sur l'actualité du football.

Ribery ou la parabole de la fête des fous

Ribery ou la parabole de la fête des fous

Il y a fort à parier que le match de ce soir au Stade de France, qui oppose les tricolores à la  Croatie sera l’unique occasion pour le public de Saint-Denis de se faire entendre dans une activité où il excelle : le dénigrement de l’équipe qu’il est venu supporter. La raison est simple : le retour des « bannis de Knysna » Franck Ribéry et Patrice Evra sur une pelouse française. Le Moustache Football Club revient sur le tsunami médiatique qui s’est surtout abattu sur le joueur du Bayern Munich.

Il y a fort à parier que le match de ce soir au Stade de France qui oppose les tricolores à la  Croatie sera l’unique occasion pour le public de Saint-Denis de se faire entendre dans une activité où il excelle : le dénigrement de l’équipe qu’il est venu supporter. La raison est simple : le retour des « bannis de Knysna » Franck Ribéry et Patrice Evra sur une pelouse française. Le Moustache Football Club revient sur le tsunami médiatique qui s’est surtout abattu sur le joueur du Bayern Munich.



En étant de nouveau sélectionnés par Laurent Blanc, Patrice Evra et Franck Ribéry ont reçu un accueil digne du niveau de la presse journalistique française. Flagellation, lapidation, attaque à l’intelligence de la personne, tout y est passé, évitant certainement à nos scribes du bord des terrains de parler véritablement de jeu. On soulignera le courage de Yannick Cochennec de Slate.fr qui fut le seul à être à contre-courant de cette pensée unique et malsaine [cliquez ici]

Ils écrivent beaucoup mais doivent peu lire, l’occasion est belle de rappeler la scène de la fête des fous de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo et que l’on pourrait transposer au parcours médiatique de Franck Ribéry ces dernières années. Quasimodo, homme difforme qui participe à la fête des fous, se voit d’abord encenser et couronné pape, avant que la populace ne prenne conscience qu’il n’est pas costumé mais véritablement ce qu’il est.

Franck Ribéry a tout du « monstre médiatique » : un destin mêlant combat personnel (blessé à l’âge de 2 ans dans un accident de voiture, qui lui laissera une balafre sur le côté du visage) et combat social, puisqu’il est originaire d’une des cités du Portel, sur les hauteurs de Boulogne-sur-Mer. Ajoutez-y sa conversion à l’islam et vous obtiendrez forcément un concentré d’intérêt qui peut permettre à qui le veut d’extrapoler autour de sa carrière de footballeur.

Boulogne, Brest, Galatasaray, Marseille, le petit Franck gravit les échelons un par un et créée derrière chacun de ses passages le consensus : un joueur courageux, qui donne tout et qui n’est pas le dernier pour la déconne. Sa prestation marseillaise de 2006 le conduit à rejoindre l’équipe de France pour la Coupe du Monde en Allemagne, cela alors même qu’il ne comptait aucune sélection. Le coup de poker de Domenech s’avérera gagnant. On s’empare alors de lui comme d’un exemple à suivre : celui d’un mec parti avec un handicap de ouf (son accident, sa classe sociale, son rejet par le système de formation français) qui réussit quand même. Une belle histoire qui plait à tous.

Mais comme dans chaque belle histoire et chaque individu que l’on place sur un piédestal, il faut un rebondissement, une descente aux enfers car en France, on aime à détester ceux en qui on a placé aveuglément sa confiance. Ribéry réussit une première saison pleine au Bayern Munich, avant d’enchaîner deux saison de galère : 2008 et 2009. Qu’importe, sa notoriété est telle en Allemagne et en France qu’il participe au concert des Enfoirés de 2009, rassemblant la crème « des personnalités préférées des Français ».

Puis vint 2010…l’affaire Zahia tout d’abord, où l’on se rend compte que le gamin espiègle est aussi un homme et la coupe du monde cataclysmique. Ribéry écope de 7 matchs de suspension. Son tort ? Appartenir aux soi-disant « meneurs » qui auraient orchestrés la fronde à l’encontre du staff technique tricolore.

Soit. Tout le monde a un avis sur la question, même si 22 hommes savent vraiment ce qui c’est passé dans le bus en Afrique du Sud. La Fédération Français de Football a tranché et a sanctionné les individus qu’elle estimait fautifs. Ces derniers ont purgé leur peine. Laurent Blanc a jugé que leur retour en équipe de France serait une bonne chose. Seul maître à bord, les résultats parlant pour lui depuis son avènement, faisons lui confiance.

L’idole a fauté, l’idole est déchue et l’idole fait pénitence pour ne redevenir qu’un homme. Qu’importe, cela ne semble pas suffire à certain et c’est là que le plus dégueulasse commence.



LA CONTRITION HUMAINE

On ne s’attaque plus au sportif mais à l’homme. Il y’a tout d’abord « l’insulte » faite aux journalistes qui s’attendent à une réaction sur le vif pour son retour en conférence de presse. Pas de bol, Franck Ribéry décide de s’appuyer sur une lecture mal habile d’un communiqué de presse pour s’excuser et aller de l’avant. Une intervention préparée mais mal maîtrisée qui ne plait pas à certains qui vont se permettre de mettre en lumière les défauts d’élocution et de français du Boulonnais. Dans cette « nouvelle » équipe de France, qui lave plus blanc que Blanc [voir notre article] il apparaît impensable qu’on maltraite ainsi la langue de Molière. Il est ainsi comparé à un élève de CP lisant sa poésie, moqué par France Football qui le somme de se taire tant son langage est approximatif.

Nicolas Puiravau, « journaliste » de Football 365 dont j’avais déjà souligné la médiocrité atteint un stade supérieur dans la méchanceté gratuite et l’imbécillité
[cliquez ici].A ceux qui soulignent son manque de culture, j’ose espérer qu’ils connaissent les travaux du très renommé et regretté sociologue Pierre Bourdieu, dont le cheval de bataille fut de démontrer que malgré les efforts, nous ne sommes pas égaux face au système éducatif.

Enfin, Pascal Praud, journaliste sportif de I-Télé parle lui de contrition, reflétant bien ce que pense la caste journalistique d’elle-même : « nous, Dieu, plus jamais vous ne nous offenserez ». Durant le match contre le Luxembourg, Thierry Rolland, ancêtre du micro qui infantilisait Ribéry en 2006 en soulignant sa joie de vivre n’hésite pas à le descendre en direct et indiquant qu’il a été discret au cours du match. Et sa passe décisive ? Elle est venue toute seule dans les pieds de Gourcuff ?



MESSIEURS LES JOURNALISTES, CESSEZ LES PREMIERS

Dans ce jeu de mise à mort médiatique, je ne retiendrai qu’une chose : Aussi bête ou maladroit qu’est Franck Ribéry, il s’est toujours avéré sincère. Même lorsqu’il avoue qu’il n’a pas trouvé Yohann Gourcuff honnête ou qu’il met les journalistes face à leurs propres paradoxes, prêts à jouer les faux culs pour lui soutirer une information et à le poignarder le lendemain. Cette honnêteté simple, elle me semble bien plus importante que la malhonnêteté intellectuelle dont font preuve certains. Aujourd’hui Franck Ribéry fait profil bas et contrairement à un Evra intelligent et qui maîtrise sa verve, il concentre à lui seul l’ensemble du traumatisme de Knysna : échec de l’intégration sociale, scolaire, homme de peu de vertu, mauvaise communication…les chefs d’accusation tombent.

Et pendant que l’on fait dans le sensationnalisme, on évite de parler de jeu et l’on évite de s’attarder sur cette nouvelle équipe de France convaincante, sur la place prépondérante de M’Vila au centre, sur le fait que Lloris n’a pas encaissé le moindre but depuis 500 minutes et que la charnière défensive Mexes – Rami n’avait pas donné autant de gages de sûreté depuis celle composée par Desailly et Blanc.

Peut être parce que la plupart des journalistes sportifs en est tout à fait incapable finalement. Concentrez-vous sur ce qui se passe sur un terrain. Ce soir Franck Ribéry sera sifflé si il est présent sur le terrain du Stade de France. Vous moquez les mots du Bavarois mais vous ne prenez certainement pas conscience de la responsabilité qui incombe à votre fonction. Aujourd’hui, un sombre imbécile, qui ne sait pas ce qui s’est passé dans le bus mais qui vous écoute a eu la bonne idée de modifier la page wikipédia du joueur…Franck Ribéry, comme Quasimodo est un homme. Il amuse la galerie lorsque ça vous convient et vous sert de souffre-douleur lorsque l’envie vous prend.

A notre image, il n’a la malchance que d’être un homme. Mais un homme qui semble sincère. Autant journalistes que sont certains, ils ne devraient pas oublier que l’intelligence ne vaut que lorsqu’elle est mise au service de tous, et non des intérêts de leur canard ou de la passion des foules…

 

 

La page wikipédia de Ribéry le 29 mars 2010

 

 

 

 

 
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martial
30 Mars 2011
merci beaucoup...bonne chance a lui, pour la suite et surtout du courage!