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Moustache Football Club, réflexion et analyse sur l'actualité du football.

Les pleureuses

Les pleureuses

Tapis dans l’ombre des Dogues depuis le début, l’Olympique de Marseille semble s’afficher au grand jour comme le principal adversaire des Lillois pour cette fin de saison. Conspués pour leur qualité de jeu, leurs détracteurs s’en donnent à cœur joie pour casser du sucre sur le système Deschamps, fidèle défenseur de ses années d’expérience italienne. Cependant, si il y a bien une chose qu’on retrouve chez « Dédé » et non chez ses concurrents, c’est son insatiable envie de victoire. Retour sur une Ligue 1 gangrenée par la modestie de façade et les impératifs économiques.

 

Tapis dans l’ombre des Dogues depuis le début, l’Olympique de Marseille semble s’afficher au grand jour comme le principal adversaire des Lillois pour cette fin de saison. Conspués pour leur qualité de jeu, leurs détracteurs s’en donnent à cœur joie pour casser du sucre sur le système Deschamps, fidèle défenseur de ses années d’expérience italienne. Cependant, si il y a bien une chose qu’on retrouve chez « Dédé » et non chez ses concurrents, c’est son insatiable envie de victoire. Retour sur une Ligue 1 gangrenée par la modestie de façade et les impératifs économiques.



LE MODELE BARCELONAIS EST-IL APPLICABLE ?

Le F.C. Barcelone est un épiphénomène. Concilier beau jeu et résultats sportifs apparaît difficile dans un sport qui a considérablement évolué au point où les coups de pied arrêtés représentent une part importante des actions décisives menant à la victoire. Aujourd’hui, peu d’équipes peuvent se vanter de pratiquer un jeu aussi léché mais cela n’empêche pas aux acteurs du football d’en faire l’exemple à suivre : un dérivé du football total de Cruyff où le ballon circule plus vite que les joueurs adverses. Son impact est tel qu’elle a permis la réhabilitation des petits joueurs techniques et mobiles que l’on croyait perdus pour le professionnalisme à la fin des années 90, période où les athlètes conciliant vitesse, puissance et technique étaient les plus en vogues.

Derrière ce plébiscite du jeu flamboyant des Catalans, médias ou spectateurs semblent souvent oublier que le football n’est pas un spectacle mais un sport. C'est-à-dire une pratique physique mettant aux prises des équipes adverses dans le cadre d’une compétition. L’objectif d’un match restera toujours de mettre un but de plus que son adversaire, qu’importe la manière tant que l’on a l’ivraie… C’est ce que doit se dire Didier Deschamps en voyant son équipe pratiquer un football qui n’a rien à voir avec le style alléchant de l’année dernière : Ben Arfa parti, Lucho en dedans, Valbuena enchaîne les blessures, Niang remplacé par le duo de fortune Gignac-Rémy…Oui mais à situation différente, même effets, l’Olympique de Marseille caracole en tête du classement.



DEDE LA VICTOIRE

Oui, le jeu marseillais est sale et poussif mais efficace : 9 victoires, 3 matchs nuls et 1 défaite depuis début 2011. Si il y a bien une constante chez Deschamps que l’on ne retrouve pas chez les autres entraîneurs tels qu’Antonetti, Kombouaré ou Garcia, c’est bien une ambition non dissimulée L’homme a tout gagné et cette culture du résultat est fortement imprégné dans ses discours. Inversement, rappelez-vous les propos du Corse il y a encore quelques semaines qui indiquait que le Stade Rennais n’était pas un prétendant au titre. Paradoxalement, il motivait sa venue en Bretagne par l’envie d’ouvrir son palmarès et de ne plus être considéré comme un entraîneur découvreur de talent. Allez comprendre…



LES COMPTES D’APOTHICAIRES DE PATRICK LE LAY

Faut-il voir dans le manque d’ambition des entraîneurs une explication à la main mise sur le championnat par les deux Olympiques ces dernières années ? Rien n’est moins sur.  Patrick Le Lay, président du Stade Rennais expliquait avec une facilité déconcertante comment il pouvait estimer à quelle place finirait son club en fin de saison [retrouvez ses propos ici].

Après avoir connu ces dernières années un football où le résultat primait sur la qualité de jeu, l’ère est à la vérité économique dominant celle du terrain. On comprend ainsi mieux les discours de chacun, visant à se qualifier pour une compétition européenne plutôt qu’à viser le titre ou une coupe : Comment motiver une équipe qui ne gagnera que 1.7 m€ en arrachant la victoire un soir de Mai à Saint-Denis alors que le dernier de Ligue 1 empochera 13 m€ ???

Didier Deschamps et Claude Puel sont donc les seuls qui peuvent se permettre de tenir un discours entièrement dévolu à la qualification en Ligue des Champions. A croire que les places de Lille, Rennes et PSG sont des accidents de parcours en inadéquation avec leur réalité économique…

Un discours qui prend l’apparence d’une poupée russe. Sûr de leurs faits à l’échelon national, les deux entraîneurs arborent une modestie de façade sur l’échiquier européen. L’objectif économique consiste en une qualification européenne et non en sa réussite. Les soirs de Ligue des Champions, l’enjeu dépasse également le jeu.




L’EXCEPTION FRANCAISE, UNE FOIS ENCORE

Si il y’a une qualité que l’on ne pourra pas ôter à la Ligue 1, c’est un semblant d’équilibre entre les résultats du terrain et la réalité économique. Une fois encore cette saison le titre et les accessits se joueront lors des dernières journées, tout comme les places dévolues à la relégation. En une journée de championnat, le 17e peut très bien battre le 3e, ce qui semble inconcevable en Espagne ou en Angleterre.

La faute à un système plus méritocratique qui ne permet pas aux plus puissants financièrement parlant de faire forcément leur loi sur un terrain de football : En cela, l’échec de Colony Capital ou d’un Jean Louis Dreyfus injectant des millions dans leurs clubs en sont des parfaits exemples. Comment expliquer aussi que le pays est la 2e puissance européenne économique et le 5e championnat aux classements UEFA ? Quelles justifications trouver à une compétition qui a toujours eu un train de retard concernant les avancées économiques du football : les entrées en bourse, le naming, des stades transformés en centres commerciaux…

Des coups de burin capitalistes qui ne semblent pas avoir de prises sur le granit de notre championnat, au grand dam d’un Jean-Michel Aulas qui peste que son pays ne lui accorde ni l’autorisation de jouer avec son partenaire Betclic (alors interdit en France) affiché sur son maillot ou qui voit l’autorisation de construction de son grand stade perdue dans les méandres administratifs français…

Le football français professionnel reste un isolat culturel en France, qui a vu son développement se faire ponctuellement dans les grands ports, dans les bassins industriels ou par l’influence des lords anglais de passage dans les grandes métropoles. Il n’est en rien un phénomène comparable à celui de l’Angleterre ou de l’Allemagne. Une relative indifférence d’une partie de la population française qui le remet à sa place : un sport, professionnel certes, mais un sport avant tout. La suppression du Droit à l’Image Collective (DIC) ou les problèmes qu’a Aulas pour construire OLand  en sont de parfaits exemples.

Un raisonnement que ne semble pas comprendre les pleureuses, sur Internet ou dans les travées du stade, qui pestent contre une fiscalité trop lourde et un manque de compétitivité au niveau européen. Un libéralisme sportif  décomplexé souhaité par quelques centaines de milliers de supporters des grands clubs, refusé par les millions d’autres qui n’ont aucun autre objectif que de voir leur club compétitif au niveau national et le reste de la population française qui se fout éperdument de ce genre de réflexion.

L’opium du peuple n’a aucune raison de ne pas être traité de la même manière que tout autre composante de la société française. Exit alors la réalité économique pour se concentrer sur l’essence même du sport : l’envie et le dépassement de soi.




 

 
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