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Affaire des quotas : Chronofoot a-t-il été malhonnête ?

Affaire des quotas : Chronofoot a-t-il été malhonnête ?

L'article récemment publié sur Chronofoot intitulé « Affaire des quotas : Mediapart a-t-il été malhonnête ? » a le mérite (et le seul intérêt ?) de rassembler en une seule et même charge le torrent de mauvaise foi, d'arguments faibles, et de procédés de contournement que l'on a pu lire autour de la dite « affaire des quotas ». Pire, Chronofoot fait preuve de la même malhonnêteté que celle qu'il reproche à Mediapart.

 

 

 

L'article récemment publié sur Chronofoot intitulé « Affaire des quotas : Mediapart a-t-il été malhonnête ? » a le mérite (et le seul intérêt ?) de rassembler en une seule et même charge le torrent de mauvaise foi, d'arguments faibles, et de procédés de contournement que l'on a pu lire autour de la dite « affaire des quotas ». Pire, Chronofoot fait preuve de la même malhonnêteté que celle qu'il reproche à Mediapart.

 

Chronofoot a tout à fait le droit de publier un éditorial, fût-il violent à l'égard d'un « confrère ». Mais s'il prétend faire du journalisme, il se doit de séparer le point de vue des faits. Or, ce pur éditorial est publié sous l'étiquette « Info de la rédaction ». Il y a tromperie sur la marchandise. Malhonnête ?

 

Tromperie sur la marchandise le 30 avril également, lorsque Chronofoot annonçait fièrement sur Twitter « EXCLU. Le DTN François Blaquart s'explique pour Chronofoot » [1] . L'interview, en réalité, a été réalisée avant les révélations de Mediapart et il n'y est donc pas question des quotas... malhonnête ? On relativisera donc que Mediapart se soit « assuré un énorme coup de pub avec pas grand chose » en constatant que Chronofoot tente d'en récupérer quelques miettes.

 

Passons maintenant à l'analyse en détail de l'éditorial de Chronofoot :

 

Les deux premiers paragraphes brassent un peu de vide pour situer le contexte. Pas grand-chose à dire si ce n'est que le chapô se termine sur « Un scoop qui fait beaucoup de bruit, pour rien ? », une question qui va vite s'avérer rhétorique .

 

La réponse arrive en effet au paragraphe suivant : « Il faudra attendre six mois pour que les "journalistes" de Mediapart publie le verbatim de cette conversation. » On notera les guillemets autour du terme journaliste et on passera avec indulgence sur le fait que Chronofoot n'a, bien évidemment, rien à envier à Mediapart en termes de journalisme. Il faudra ajouter « nt » à la fin de « publie » aussi. Mais quid de l'insinuation autour du temps écoulé entre la réunion et la publication du verbatim ? Du vide, un simple procédé de discrédit. Chez Chronofoot on ne sait peut-être pas qu'une enquête journalistique, ça prend des mois, que peut-être Mediapart a pris le temps de la vérification, du recoupage des sources, a poursuivi son enquête etc.

 

S'ensuit alors, sous l'intertitre « Mediapart mal honnête ? » (là encore, faudra corriger la faute d'orthographe) une longue liste de griefs portés à Mediapart, dont le but n'est autre que noyer le poisson [2], en s'attachant à démonter la forme tout en passant allègrement sur le fond [3] (c'est à dire les quotas). Chronofoot commence par un élément pertinent : le titre de Mediapart est en effet malhonnête, puis reconnaît que les propos rapportés dans le verbatim ont bien été prononcés, et que d'ailleurs Laurent Blanc s'en est excusé. Mais en bon modèle d'impartialité, Chronofoot ne dit pas que le sélectionneur a commencé par les démentir avant de se raviser devant les preuves. Chronofoot ne dit pas non plus que l'on apprend dans l'article de Mediapart que Laurent Blanc se dit « prêt à discuter » si Mediapart a des preuves. [4]

 

Puis Chronofoot fait les questions et les réponses : « les deux [Blanc et Blaquart] rejettent en bloc l'idée d'un discours raciste. Doit-on les croire ? Certainement. » Et pourquoi donc ? Attention les yeux, argument implacable : Laurent Blanc a été un des leaders de la génération dorée black-blanc-beur. Chronofoot fustige ensuite le « raccourci » de Mediapart mais celui de Chronofoot n'est pas plus glorieux.

 

Car en effet, on cherchera en vain dans les papiers de Mediapart des accusations de racisme visant l'homme, Laurent Blanc lui-même, en tant que personne. Ce que Chronofoot est apparemment incapable de concevoir, c'est que l'on puisse séparer les hommes de leurs actes. Si Laurent Blanc ne peut être qualifié de raciste sur la base de ces propos-là, il n'en reste pas moins que l'instauration de quotas discriminatoires est raciste. Le fait est raciste. L'homme, c'est une autre histoire. Chacun a un jour été égoïste, cela ne fait pas de chacun un égoïste.

 

Chronofoot use d'une méthode classique de décrédibilisation : caricaturer la position adverse pour mieux la détruire. Il polarise donc sa réflexion sur de pseudos-attaques contre l'homme mais ne juge pas le fait. Instaurer des quotas discriminatoires fondés sur le critère de la binationalité, c'est du racisme, oui ou non ? [5] Oui. Est-ce que Laurent Blanc est un raciste pour autant ? Non.

 

Arrive alors un paragraphe surréaliste : constatant que le problème du football français est d'ordre technique plutôt qu'ethnique (ce que personne n'a jamais nié, mais passons), Chronofoot en profite pour nous servir le truc habituel de la « maladresse ». C'est à dire qu'il faudrait se convaincre que des gens ont eu l'intention d'instaurer des quotas discriminatoires - dans le plus grand secret car ils savent que ceux-ci sont complètement illégaux et immoraux - par « maladresse ». Ben voyons. Puis, sur un ton des plus péremptoires : « en aucun cas, cette conversation ne peut et ne doit être interprétée comme un programme de discrimination positive ou négative ». Là on est dans le grand n'importe quoi. Chronofoot s'efforce maintenant de nous faire avaler que cette idée de quotas discriminatoires n'était pas discriminatoire. Pur sophisme. Et nous dit comment l'on doit interpréter la chose.

 

Puis viennent deux paragraphes délirants où il s'agit de discréditer Mediapart et son fondateur Edwy Plenel en leur reprochant de ne pas être spécialistes du football. D'une bassesse affligeante. Aussi, « il faut reconnaitre à Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, qu'il n'est pas un spécialiste du sport. Mediapart est bien meilleur pour réfléchir et parler politique, que pour s'interroger sur les directions techniques que doivent prendre le football français ». Pour l'argument recevable, il faudra repasser. Chronofoot tourne autour du pot pendant une heure, exploitant toutes les brèches possibles (y compris les plus douteuses) pour s'éviter à tout prix le traitement du problème : les quotas. Le passage se termine par un puant « un sujet épineux qui renvoie Plenel à ses souvenirs des années 80 ». La critique sur le mode « vous êtes pas spécialistes de football alors vous êtes mignons, vous la fermez » n'est qu'un reflexe corporatiste de bas-étage, de valeur intellectuelle nulle, et qui ne mérite donc pas que l'on s'y attarde plus longuement.

 

Car à la fin de son éditorial qui ne dit pas son nom, Chronofoot persiste dans une argumentation bancale confondant tout et n'importe quoi, et affirme que « le vrai débat n'est pas d'affirmer que Laurent Blanc est raciste ou non, ou que la FFF a dérapé » car, dans la lignée de ses arguments précédents, « Alou Diarra, capitaine de l'équipe de France, et joueur de Laurent Blanc depuis 2007 (Bordeaux + Bleus), a affirmé qu'en aucun cas son sélectionneur n'était ce genre de personne ». Ah bon, si Alou l'a dit alors... après quoi on balance dans le grand LOL généralisé avec cette question  « Alou Diarra est-il une source fiable ? » et cette réponse : « Il est certain qu'il connait au moins aussi bien Laurent Blanc que Mediapart... si ce n'est plus ». On reprend ici la caricature sus-mentionnée « Laurent Blanc est-il raciste ou non ? » pour noyer la vraie question « La discrimination fondée sur la binationalité est-elle du racisme ? ».

 

On apprend ensuite « une fois encore » que « c'est le débat à propos des binationaux qui est le plus important dans cette affaire » (ah bon ? On apprenait pourtant plus haut dans l'article qu'il s'agissait de la formation). Puis le cliché convenu : « Former des joueurs, les voir évoluer en sélections de jeunes pour ensuite les abandonner à leur "autre pays" est dommageable. Aussi bien pour les Bleus que pour le joueur ». Mais chers messieurs, la question est bien plus complexe [6], et ne se peut réduire à ce terme de « dommageable ». Car « dommageable », il n'est pas sûr que cela le soit.

 

Puis, en guise de conclusion, et de cerise sur le gâteau, Chronofoot nous annonce que Kopa, Platini et Zidane étaient issus de l'immigration. « Et s'ils avaient choisi l'autre pays ? » conclut l'article. Voilà comment l'on tourne à son avantage un élément qui en réalité ne l'est pas : car messieurs de Chronofoot, la grande hypocrisie là-dedans, c'est que ceux qui choisissent d'aller jouer ailleurs n'ont pas le niveau pour jouer en Equipe de France [7]. Et que donc, le problème n'en est PAS un. Le faux débat, il est là. Le vrai problème, c'est les quotas. Mais là-dessus, vous ne dites rien.

 

[1] (tweet qui a été effacé depuis mais qui existe toujours ici : http://twitter.com/#!/YannickMerciris/status/63961078366867456)

[2] cf Hourrafoot : Quotas en équipe de France : pas un bal mais un festival de faux-culs

[3] tout juste une mention en intro, vraiment pour la forme.

[4] « Après la publication de notre enquête, Laurent Blanc a joint l'un de ses auteurs, jeudi 28 avril au soir, pour affirmer qu'il démentait nos informations mais que si nous avions des preuves, il se disait «prêt à discuter». Par ailleurs, il a affirmé à Mediapart qu'il ne souhaitait pas, pour l'heure, déposer une plainte en diffamation car «ce serait donner au site trop d'importance». » Mediapart (http://www.mediapart.fr/journal/international/280411/foot-francais-les-dirigeants-veulent-moins-de-noirs-et-darabes?page_article=5 )

[6] à ceux qui ne manqueront pas d'affirmer que la binationalité n'a rien à voir avec les races, je leur signalerai juste que dans le langage commun, discriminer quelqu'un sur son origine (fût-il luxembourgeois ou andorran) est du racisme. Prétendre le contraire relève du pétage de couilles sémantique qui n'a d'autre but que de contourner le problème.

[6] sur le faux problème de la binationalité, cf Slate (Les meilleurs binationaux choisissent l’équipe de France http://blog.slate.fr/plat-du-pied-securite/2011/05/02/les-meilleurs-binationaux-choisissent-lequipe-de-france/), le premier commentaire d' « Evan » chez Hourrafoot (http://www.hourrafoot.com/2011/05/01/quotas-en-equipe-de-france-pas-un-bal-mais-un-festival-de-faux-culs/) ou encore... Mediapart (La binationalité, vrai phénomène, faux problème http://www.mediapart.fr/journal/france/300411/la-binationalite-vrai-phenomene-faux-probleme), Les Cahiers du Foot (Pas de black, « pas de problème » ? http://latta.blog.lemonde.fr/2011/05/02/pas-de-blacks-pas-de-probleme/)...

[7] oui il y a l'exception Drogba. Ca arrive tous les trente six ans.

 

Mis à jour à 20:50 avec ci-dessous la réponse (agréable) de Chronofoot :

 

Bonjour Nicolas,

 

Je viens de lire ton papier. Comme tu le sais, nous essayons d’être proches de nos lecteurs et notamment des passionnés qui écrivent, connaissent, maitrisent le sujet du ballon rond. Plutôt que de regarder ça de haut en m’asseyant sur mes certitudes et mes résultats dans Nielsen, je pense qu’il est bien que Chronofoot te réponde.

 

En essayant de ne pas être trop corpo et de ne pas défendre aveuglement mes équipes je répondrai en plusieurs points. Je suis ravi que l'édito t'inspire autant. Tu pointes des contradictions dans notre discours. Je le reconnais. Notamment sur la partie info-rédaction. C’est un module qui apparait automatiquement sur toutes les pages du site, et en effet, c’est un bon retour utilisateur de savoir que vous ne parvenez pas toujours à différencier article d’infos, éditos ou billets plus légers. Nous avons discuté longuement avant de publier cet édito que l’éditeur de Chronofoot, (Yannick merciris je crois que tu le connais) avait rédigé et nous avons décidé de le mettre en ligne, car il traduit notre sentiment sur ce sujet et ouvre une discussion. La preuve tu nous as répondu. Et c'est avec des contradicteurs et des discussions qu'on avance. J'ai insisté pour le point d'interrogation dans le titre, même si comme tu le pointes justement nous flirtions avec la rhétorique. Tout comme toi d’ailleurs.

 

Le sujet de la formation et de la nouvelle direction donnée au football français nous passionne.

 

http://www.chronofoot.com/agent-de-joueurs/enquete-mercato-l-039-espagne-nouvel-eldorado-des-jeunes-francais_art3493.html

http://www.chronofoot.com/fff/fff-francois-blaquart-la-premiere-des-choses-qui-importe-c-est-l-etat-d-esprit_art13353.html

 

Et cette affaire de quotas a déplacé et faussé le discours sur une réforme de la formation qui est pourtant indispensable. Tu l'as surement fait de ton côté, mais nous avons rencontré des gens à la FFF (Jean Lapeyre, Laurent Blanc), plus précisément à la DTN (Blaquart, une heure d’entretien tt n’a pas été publié) pour discuter du sujet. Nous relayons également les réactions de ceux qui critiquent de manière acerbe Blanc and co. Car contrairement à ce que tu penses, nous ne voulons pas noyer le poisson et considérons que l’affaire est suffisamment grave pour en parler très régulièrement sur le site, mais cette affaire mérite-t-elle des réactions de Zemmour et Naulleau?

 

Sur ce sujet, nous essayons d'apporter des informations et de ne pas être uniquement dans l'interprétation.  Pour autant, nous avons le droit d'avoir nos convictions et nos infos, et d'affirmer que Blanc, Blaquart and co ne sont pas racistes. On fait la différence entre l’homme et les actes. Mais certains observateurs ont fait l'amalgame. Concernant le fond, les quotas, la mise en place de tels procédés serait raciste. Aujourd'hui, rien ne prouve que l'INF ou que des clubs ont reçu ces consignes même à l'oral. Nous restons persuadés que les méthodes de Mediapart ne sont pas les bonnes. Ils avaient un document, il fallait le diffuser aussitôt. Pourquoi titrer, "les dirigeants du foot français veulent moins de noirs et d'arabes", attendre les réacs et ensuite balancer le verbatim si ce n'est pas dans le but de piéger. Pourquoi un tel écart entre l'article du jeudi et le verbatim ou même le mot "arabe" n’apparait pas une seule fois ?

 

Je n’écris pas dans le but de te convaincre, mais surtout pour te dire que nous t’avons lu, que tu as relancé la discussion chez nous. Et si notre édito t’a semblé malhonnête, notre volonté d’être professionnel et proche de nos lecteurs est franche.

 

 

 

 

 

 
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Je connais pas ce site Chronofoot et j'ai pas envie de connaître. Évidemment qu'il y a délit, mais nous vivons d'un pays où des ministres se font condamner pour moins que ça ! Il n'empêche que le plan média pourri de Mediapart a desservi l'information.
Le plan de Mediapart a desservi l'information ? C'est très probable. Après, est-ce que c'est une justification pour noyer le poisson dans un océan de mauvaise foi ? Je ne pense pas.
Fabian
03 Mai 2011
Je rédige sur le champ "Affaire des quotas : Moustache FC a-t-il été malhonnête ?"
Pas de problème, on peut discuter.
Arthur Michel
03 Mai 2011
@Fabian :

Comme dit le proverbe, "bien moustachu ne profite jamais".

Pour ma part, je regrette que Chronofoot soit tombé dans la "rhétorique facile". Il faut franchement m'expliquer en quoi le fond et la forme de l'enquête menée par Médiapart apparaît comme malhonnête. Je suis d'accord avec Nicolas lorsqu'il affirme que pour profiter du buzz, il faut se démarquer, quitte à formuler un avis totalement contraire...et saugrenu.

Un argument tel que "la question mérite d'être posée" lorsqu'on aborde la notion de quotas et de binationalité ne m'apparaît pas recevable. Non, malheureusement, toutes les questions ne méritent pas d'être posées, car cela se fait au détriment d'une certaine cohésion sociale. Il existe des lois, pas si anciennes que ça, qui interdisent ce genre de propos. Donc acte.
Il faut mettre fin à ces joutes verbales qui ternissent l'image du sport.
Ce désordre médiatique profite à ceux qui en font la propagande! .
Chaque homme, quelque soit la couleur de la peau qui l'habille, la terre qui le porte, sait que seule sa conscience peut, au plus profond
de lui meme le condamner ses propos, faits ou gestes quotidiens!