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Quotas de la DTN : Les véritables questions qu'il faut se poser

Quotas de la DTN : Les véritables questions qu'il faut se poser

Plus qu'un véritable débat sur la formation et le racisme au sein de la DTN, cette polémique ouvre la réflexion sur des sujets qui dépassent le cadre du sport : guerre de clochers entre journalisme traditionnel et pure players, corporatisme, fin du modèle républicain, le Moustache Football Club tente de décrypter une affaire qui invite à s'interroger sur ces nombreux points.

Plus qu'un véritable débat sur la formation et le racisme au sein de la DTN, cette polémique ouvre la réflexion sur des sujets qui dépasse le cadre du sport : guerre de clochers entre journalisme traditionnel et pure player, corporatisme, fin du modèle républicain, le Moustache Football Club tente de décrypter une affaire qui invite à s'interroger sur de nombreux points.



QUELLE EST LA CONSEQUENCE JURIDIQUE DE L’ARTICLE DE MEDIAPART ?

Aucune. En aucun cas un verbatim [ICI]  (littéralement un compte rendu de réunion) ne peut constituer une preuve. Qu’y apprend-on ? Que Laurent Blanc et les membres de la Direction Technique Nationale ont une discussion à bâton rompu sur la formation des jeunes joueurs et sur la problématique de la binationalité. Soit. Là où le sens moral atteint ses limites, c’est lorsque Laurent Blanc fait clairement l’allusion à la population africaine et nord-africaine. Dans les règlements des centres de formation, des quotas ethniques ne seront jamais indiqués. Tout simplement car de telles statistiques sont interdites sur le territoire français.

En 2007, le Conseil Constitutionnel a été saisi par près de 120 parlementaires afin de s’opposer au projet de loi relatif à l’immigration. Il était prévu (Art. 63) que des données soient collectées sur les origines raciales et ethniques. Il n’existe donc à ce jour que deux types de résidents sur le territoire français qui s’opposent par leur nationalité : Français ou étrangers dotés d’une nationalité étrangère. Point.

Pour ceux qui ont eu l’occasion, comme moi-même, d’avoir assisté aux arcanes du pouvoir et de l’administration française, ce type de réflexion est monnaie courante. Les discussions qui portent sur la gestion d’une commune ou d’un pays nécessite de prendre en compte les évolutions de la société.

Au stade d’aujourd’hui, il y a donc peu de chances pour que l’affaire aboutisse à une accusation de xénophobie à l’encontre des membres de la DTN et du sélectionneur.



DE QUOI LAURENT BLANC SE REND-IL ALORS COUPABLE ?

Les années passent et les chargés de communication sont toujours aussi mauvais à la FFF. Laurent Blanc a commis une erreur monumentale en réagissant trop rapidement à la première annonce de Médiapart et en démentant les propos qu’on lui a rapporté…avant que Médiapart ne publie le verbatim le lendemain. Personne ne semble douter que Laurent Blanc puisse être xénophobe. Car l’image classique que l’on a de la xénophobie, c’est celle des classes populaires qui craignent l’étranger et ses mœurs différentes, venus voler le pain et le travail du Français de souche. Or,  juridiquement, on n’est pas xénophobe, on tient des propos xénophobes et discriminatoires, ce qu’a fait Laurent Blanc en s’attardant uniquement sur les communautés africaines et nord-africaines. Accuser Médiapart de mensonges et prendre connaissance du verbatim dès le lendemain est un sacré camouflet pour le responsable des Bleus. Et c’est peut être là le principal reproche qu’on peut lui faire. Avoir tenté de « passer en force ». Difficile de sembler crédible après avoir menti et s’être fait prendre, difficile donc de rester en place, même si des propos discriminatoires n’ont jamais empêché nos ministres de l’intérieur de rester en poste…



LA BINATIONALITE EST-ELLE REELLEMENT UN PROBLEME ?

Principal sujet exposé lors de cette discussion, la question de la binationalité semble être l’argument que la FFF souhaite mettre en avant pour éteindre l’incendie. Cependant et je me rallie à l’avis de cet article de Slate et du blog Plat du Pied [ICI]. Seuls les très bons joueurs possédant une double nationalité choisissent la France. Ceux cédant aux sirènes de leurs origines plus ou moins lointaines ont conscience de la plus-value qu’apporte une sélection mais ont aussi conscience de ne pas posséder le niveau pour jouer en équipe de France. Certes, il restera toujours de gros poissons qui passeront les mailles du filet : Drogba ou Moussa Sow mais qu’est ce que cela représente à côté des dizaines de joueurs qui n’auront jamais un niveau suffisant pour jouer en bleu ? Jusqu’à maintenant, aucun joueur formé en France n’est venu crucifier les Tricolores lors d’un match…



LA POLEMIQUE NE PREND-ELLE PAS DE L’AMPLEUR A CAUSE DES GUERRES DE CLOCHERS ?

Journaux traditionnels contre Pureplayers : Habitué à lever des loups à coup de documents chocs (les dépenses de Dati, EADS, Bettencourt), Médiapart dénote dans le paysage de la presse française. Souvent rapidement relayé en masse par les autres Pure Players (Rue 89, Marianne, Le Post, Slate…), les médias traditionnels (télévision, presse, radio) semblent avoir pris le parti de la FFF, accusant même leur confrère de malhonnêteté intellectuelle. Stupéfiant lorsqu’on connaît le corporatisme qui règne au sein de ce milieu professionnel. En soit, que peut-on reprocher à Médiapart ? D’avoir accusé le sélectionneur de propos racistes ? Ils sont discriminants, il n’y a aucun doute là-dessus. D’avoir présenté un verbatim tronqué ? Les autres journalistes présentent-ils l’ensemble des pièces sur lequels ils réalisent leur article ? Absolument pas. D’avoir fait l’acquisition d’un verbatim d’une discussion privée ? L’investigation est la mission première d’un journaliste. Bref, les chefs d’accusation sont faibles et révèlent plus une forme de jalousie et de crainte de la presse traditionnelle.

Une guerre de succession au sein de la FFF ? Si Fernand Duchaussoy cherche quelqu’un à blâmer, c’est la taupe qui a osé faire la promotion de ce compte-rendu. Encore une fois, la France du football semble victime de son manque de cohésion. Et à quelques semaines des élections prévues le 18 juin prochain, il y a fort à parier que ce type de polémique pourrira le climat déjà pesant depuis Knysna.

En somme, on peut estimer que cette polémique prend une ampleur démesurée à cause de ce contexte particulier.



N’ASSISTE-ON PAS AU REVERS DE LA MEDAILLE BLACK BLANC BEUR ?

En faisant l’apologie de la diversité ethnique de l’équipe de France lors de la victoire de coupe du monde en 1998, n’a-t-on pas tiré une balle dans le pied au modèle républicain ? Cette mise en avant positive de la réussite d’intégration à la française ne trouve-t-elle pas un écho négatif en 2010 avec la stigmatisation de Ribéry et Anelka en archétype de la racaille ? Pourquoi n’avoir pas simplement parlé de victoire française ? En parallèle de cette réflexion, on assiste également à la mort du modèle républicain à la française au profit d’une réflexion nationale dite « décomplexée ». Il n’existe plus un Français, mais des Français de diverses origines. Le gouvernement en place a contribué à briser la barrière mentale qui interdisait ce type de réflexion en organisant des débats sur la place de l’Islam ou sur la place des Roms. Il est intéressant de constater qu’à ce sujet, Laurent Blanc semble recevoir le soutien d’une partie importante de la population et même dans le monde du football, peu de voix s’élèvent pour réclamer sa démission. Une situation qui semble ubuesque lorsqu’on sait que des propos similaires conduisent immédiatement à une levée de boucliers lorsqu’il s’agit de personnalités politiques.




Au final, on ne peut empêcher les responsables du football français d'avoir ce genre de réflexion en privé. Cependant, tenir ce genre de propos, les démentir, puis les confirmer une fois les preuves sous le nez est une terrible erreur de communication qui risque de coûter sa place aux selectionneurs des Bleus. Paradoxal également de constater la réaction d'une partie de la population, qui crie au scandale lorsqu'un politique tient ce genre de propos et qui est prêt à passer l'éponge lorsqu'il s'agit d'un ancien footballeur qui fut toujours apprécié.

Une fois de plus, il y a fort à parier que le football amateur, celui au plus près du terrrain va encore faire les frais des frasques du "football d'en haut". Comment justifier à un môme de 10 ans d'origine africaine qu'il ne poura pas prétendre à une carrière de footballeur car son quota est dépassé ? Comment promouvoir un état d'esprit sur un terrain le dimanche matin si les plus hauts responsables du football hexagonal se mettent à réflechir ainsi ?

Chantal Jouanno a sollicité une enquête intérieure pour tirer au clair cette affaire. Indispensable pour un scandale qui apparaît supérieur à celui de Knysna. Raymond Domenech, fustigé par beaucoup pour ne pas avoir fait descendre 11 gars d'un bus doit bien se marrer de voir que son successeur va probablement s'en tirer alors qu'il a tenu des propos discriminatoires...

 

 

 
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Je dis OUI à cet article :D
Un bémol : parfois, je trouve que ça a du bon le manque de cohésion à la FFF. Heureusement qu'il y a quelques personnes pas solidaires de ce genre de discussions.
Après, leurs véritables intentions, c'est encore autre chose.
VanHooijdonk
19 Mai 2011
" [...] on tient des propos xénophobes et discriminatoires, ce qu?a fait Laurent Blanc en s?attardant uniquement sur les communautés africaines et nord-africaines"

J'avais plutôt le sentiment que LB faisait un amalgame "douteux" entre joueurs physiques et "Black". Ainsi dans son propos le joueur "black" symbolise le joueur "physique", une bêtise verbale qui me semble différente que de stigmatiser une catégorie de personnes en fonction de sa couleur de peau, comme peut l'être la pensée raciste, xénophobe.
En tout cas c'est l'interrogation que je me suis faite en lisant l'article
lapocompris
04 Août 2011
Celui qui a enregistré la réunion n'est pas une "taupe", il avait auparavant signalé à la FFF les dérives discriminatoires de la DTN sans avoir de réponse.Il a ensuite enregistré cette réunion pour appuyer ses accusations et a remis l'enregistrement à Duchaussoy, là aussi sans aucun effet.