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Répartition des droits TV de Ligue 1 : le drôle de calcul de la LFP

Répartition des droits TV de Ligue 1 : le drôle de calcul de la LFP

Nous vous avions déjà présenté une analyse sur cette donnée entre le classement sportif et les retombées financières de la participation à la ligue 1. Loin de reposer entièrement sur les résultats sportifs de la saison révolue, la distribution des droits TV souffre d'un drôle de calcul qui vérouille d'une certaine manière cette répartition des richesses. Explication.

Nous vous avions déjà présenté une analyse sur cette donnée entre le classement sportif et les retombées financières de la participation à la ligue 1. Loin de reposer entièrement sur les résultats sportifs de la saison révolue, la distribution des droits TV souffre d'un drôle de calcul qui vérouille d'une certaine manière cette répartition des richesses. Explication.





UNE DISTRIBUTION TRIBUTAIRE DU CLASSEMENT SPORTIF DE LA SAISON, DES CINQ DERNIERES ET DE LA « NOTORIETE »

La Ligue Professionnelle du Football (LFP) est chargée de valider la répartition des droits TV à l'issue de la saison. C'est www.lesponsoring.fr qui lève cette semaine le voile sur cette redistribution des richesses qui ne prend donc pas uniquement en compte le parcours de cette saison. Ainsi, 4 indices vont permettre de valider la somme à verser aux différents clubs :

 

[cliquez pour agrandir le tableau récapitulatif par club présenté par la LFP]
 


- une part fixe de participation : quoiqu'il arrive, les clubs de Ligue 1 ont perçu une somme avoisinant les 12,67 millions d'euros chacun. Cette somme correspond à une répartition équitable pour chaque participant à la ligue 1 pour la saison 2010-2011.

- une part liée au classement de la saison 2010-2011 : cette somme dépend du classement final. Lille a ainsi perçu 18,25m€, soit 43% du montant total des droits TV 2011 qui lui revient de droit. Marseille a perçu 15,87m€ pour sa deuxième place et Lyon 13,79 m€ pour compléter le podium. A noter que les 3 relégables ne touchent aucune somme pour leurs mauvaises prestations. A noter que Valenciennes, Nancy, Montpellier, Caen, Brest, Nice et Monaco qui se sont tirés la bourre jusqu'au dernier match de la saison ont perçu une somme tout à fait différente : de 3,9m€ pour Valenciennes FC à 0 euros pour l'ASM...Un petit pécule qui ne change pas la face de ces clubs mais qui leurs permet de trouver un intérêt au dernier match de la saison (même si cette année, la peur de la relégation pour un grand nombre d'équipe suffisait en elle-même).

- une part liée aux résultats des 5 dernières saisons (dont 2010-2011) : Ce deuxième « indice sportif » prend donc en compte les 5 dernières saisons des clubs de Ligue 1. Il permet ainsi de limiter la casse en cas de saison-trou d'air. Les Girondins de Bordeaux en sont un exemple éloquent : à la sortie d'une saison 2010-2011 indigne de leur rang (7e, pas de qualification européenne), ils occupent malgré tout la 3e place de cet indice, leur permettant de limiter les pertes en percevant 2,72m€. Caen, Arles-Avignon et Brest, fraîchement promu de Ligue 2 à l'issue de la saison 2009-2010 ne perçoivent donc pas plus de 300 000€. Cette part, permet aux gros clubs d'éviter des pertes sèches trop importantes en cas de mauvaise saison, cependant, il ne représente qu'une part substantielle des gains des clubs (entre 8% pour Lyon et 1% pour Brest).

- L'indice de notoriété est sans doute le plus contestable. Il prend donc en compte la notoriété d'un club, calculé selon le nombre d'apparitions télévisuelles au cours des soirées de matchs décalés (le samedi soir à 21h, le dimanche après-midi et le grand match du même jour à 21h). Afin d'éviter les mauvaises passes, il est pondéré comme l'indice précédent, sur les 5 dernières saisons, dont celle en cours. Il fait donc fi de la logique et des résultats sportifs de la saison pour s'attarder sur la capacité d'attraction des clubs de Ligue 1.

 


Attardons-nous maintenant sur la part de chaque indice dans la distribution des droits TV de la saison 2010-2011 de Ligue 1.
 




1 EUROS SUR 3 QUE TOUCHENT MARSEILLE, LYON, PARIS, BORDEAUX, SAINT ETIENNE ET LENS PROVIENNENT DE LEUR NOTORIETE.
 

Les 6 clubs les plus populaires de France semblent donc bénéficier d'un calcul avantageux : Sans prendre en compte le résultat du terrain, ces clubs perçoivent donc un euro sur trois émanant des droits TV grâce à leur popularité.

Marseille a perçu cette année 18,28m€ grâce à son immense notoriété et ses nombreux passages télévisuels lors des soirées spéciales, cela au cours des 5 dernières années. 18 millions d'euros, cela uniquement en gain de notoriété, c'est plus que l'ensemble de la prime droit TV qu'a perçu Arles-Avignon, Brest, Caen, Valenciennes, Montpellier, Nice ou Monaco ! Une prime qui assure donc une certaine forme de verrouillage du haut du classement de la Ligue 1 et semble favoriser l'entre-soi de l'élite footballistique française. Derrière, Lyon perçoit 15m€, le PSG 13,6m€. Lille, qui souffre toujours d'un certain déficit d'image n'a perçu que 9,25m€ seulement.

Dans le bas du classement, cet indice de notoriété permet au Racing Club de Lens, 19e du classement sportif (et qui a donc perçu 0 euros suite à sa position 2010-2011) de se retrouver 12e du classement général de la répartition des droits TV. Une situation ubuesque.



D'AUTRES REMARQUES ABRACABRANTESQUES

Arles-Avignon a perçu 93% de ses recettes TV uniquement par la part fixe de participation. Son classement sportif ne lui a rien rapporté et sa notoriété non plus. Vite condamné cette saison, le club provencial aurait pu donc finir la saison en roue libre puisqu'aucun intérêt financier ne venait relever le challenge sportif...

Ce qu'a touché Marseille en notoriété (18m€), c'est les notoriétés cumulées de Arles-Avignon, Lens, Monaco, Nice, Brest, Caen, Montpellier et Nancy, soit les 8 derniers du classement.

Les 4 premiers du classement Lille (8%), Marseille (16%), Lyon (14%) et le PSG (12%) se partagent 50% des 112 millions de l'enveloppe dédiée à la notoriété.

Sochaux a décroché la 5e place, synonyme de qualification européenne, cela avec le 12e budget du championnat. En droits TV, les Doubistes perçoivent moins que Bordeaux ou Saint-Étienne, qui ne s'épuiseront pas dans une coupe qui ne rapportent presque rien à leurs participants [voir notre article].



57 % DES RECETTES DES CLUBS DE LIGUE 1 PROVIENNENT DE CES DROITS TV

Lorsque plus de la moitié des revenus de ces clubs émane des droits TV [voir notre article]  on comprend l'impact de cette répartition sur les leviers de développement de ses entreprises. Sans être totalement inégalitaire, cette répartition des richesses provenant des retransmissions ne permet pas à des clubs tels que Rennes ou Sochaux (pour citer les bonnes surprises de cette année) de se hisser durablement dans le haut du tableau. Même constat lorsqu'on analyse les retombées de la bonne saison 2010 d'Auxerre ou de Montpellier, les gains substantiels sont quasiment imperceptibles. Il faudrait réussir à enchaîner 4 ou 5 saisons de haut niveau pour que ces clubs puissent entretenir un espoir de percevoir une somme importante des droits TV, ce qui est bien entendu impossible dans la situation actuelle.



Au final, 4 ou 5 clubs verrouillent les qualifications européennes, espérant décrocher la Ligue des Champions et éviter à tout prix le piège financier qu'est l'Europa League. Derrière, et bien une douzaine de clubs luttent pour ne pas descendre et servent de sparring-partners au Gros Quatre à la Française. Leurs bons résultats sont des épiphénomènes qu'il est très difficile d'inscrire dans la durée. Ne bénéficiant pas d'un bassin de population et d'une culture du supportérisme avancée, il est difficile d'entrevoir pour ses clubs d'autres sources importances de revenus. L'Euro 2016 et la flopée de nouveaux stades sont perçus comme des aubaines économiques, comme ce fut le cas après France 98...avant que le soufflet ne retombe bien vite.




Merci à Sébastien Vandamme d'avoir communiqué cette information. Retrouvez l'actualité du sponsoring et du marketing sportif sur son site : www.lesponsoring.fr


 

 
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Bertrand
14 Juin 2011
Merci pour cette analyse.

C'est intéressant de mettre la publication des droits TV de l'appel d'offres sur les futurs droits TV. On voit bien qu'il sera possible de maintenir le niveau des revenus des plus gros en diminuant la part fixe par exemple. C'est par exemple le cas de l'Espagne, qui a une enveloppe annuelle de droits inférieure à la France mais où Real et Barça semblent toucher la moitié chaque année (voir : http://www.docteur-es-sport.fr/2011/01/06/pour-une-liga-espagnole-plus-equitable-avec-le-mouvement-liga-justa/). A l'inverse, la taille gigantesque des droits anglais conduisent à une répartition plus égalitaire que nous, même si elle ne tient pas compte du classement, apparemment (voir : http://www.footmercato.net/premier-league/repartition-droits-tv-premier-league-mu-touche-le-jackpot_68203)

Si vous avez le courage
Bertrand
14 Juin 2011
Désolé pour le bout de phrase à la fin.
Arthur Michel
14 Juin 2011
Merci de cette précision Bertrand ! Je garde ça sous le coude et il vrai que ça serait passionnant de faire une analyse comparatif des 5 grands championnats.

Merci de votre message :)
Mikael
15 Juin 2011
C'est normal que la part notoriété soit si élevée. Sinon les principaux clubs du championnat (les plus diffusés) auraient tout intéret à négocier leur droits directement avec le diffuseur. Et donc les petits clubs seraient alors, encore plus pénaliser (qui payerait 13M? pour les matchs d'un promu comme Arles-Avignon ??) Ce systeme permet je pense de garantir un minimum pour les petits clubs tout en empechant les grands de negocier leurs droits de gré à gré.
VanHooijdonk
15 Juin 2011
A partir du moment où c'est le diffuseur qui fait vivre la ligue, la part "notoriété" à légétimement sa place. La reflexion devrait peut-être plus s'orienter vers la recherche d'un autre mode de financement.
Arthur Michel
15 Juin 2011
@Mikael : merci pour ta remarque pertinente. Comme souligné plus haut à Bertrand, je vais faire une analyse comparative de l'importance et du fonctionnement des droits TV au niveau européen, afin de prendre conscience des différences qui existent. Pour rebondir sur ta remarque, il sera intéressant de constater quelle variation subie la part fixe suite à la renégociation des droits TV qui devrait bientôt aboutir.

@VanHooijdonk : Comme je l'avais souligné dans un précédent article (dont tu retrouveras le lien dans le paragraphe ci-dessus "57% des recettes...") la rénovation des stades va dans ce sens : plus de loges VIP, plus de places en premières afin d'augmenter le panier moyen et faire de l'enceinte sportive un site qui profite du flux de supporters important tous les 15 jours pour "capter" le chaland. Aller voir un match ne devient plus une finalité, il sera compris dans un pack loisir où la famille viendra voir un match, puis ira au ciné ou se fera un resto. Diversifier les recettes, voila l'objectif du football français dans les années à venir. La grande inconnue pour moi, elle réside dans la capacité à attirer et fidéliser de nouveaux spectateurs. L'Allemagne, souvent pris en exemple, a réussi ce pari de diversifier les recettes et s'en porte très bien mais elle bénéficiait d'un terreau fertile en ayant une population bien plus férue de football qu'en France. Rénover des stades comme en 1998, ok, mais on a vite constaté que le soufflet était vite retombée après l'euphorie post-coupe du monde.
VanHooijdonk
17 Juin 2011
En effet le stade est une solution. Toutefois j'ai récemment entendu que l'activité et l'attractivité des stades français serait limitée, compte tenu des bassins de population moins imporatants que ceux entourant les autres grands clubs européens. Le journaliste faisait notament la comparaison entre le bassin de population Mancunien ou encore celui de la Ruhr, bien plus important que ceux de Lyon ou Lille.
Pour fini, ce journaliste affirmait qu'il fallait se méfier et éviter de calquer le modéle Allemand, car celui-ci n'aurait pas les mêmes effets en France.
En bref il est vrai que l'on considére comme acquis que les nouveaux stades seront automatiquement synonyme de recettes supplémentaires pour les clubs, mais vu la culture football française bien différente de celle de nos voisin européens, encore faut-il que ces clubs français restent attractifs. Au niveau du jeu et des performances.
VanHooijdonk
17 Juin 2011
"L'Allemagne, souvent pris en exemple, a réussi ce pari de diversifier les recettes et s'en porte très bien mais elle bénéficiait d'un terreau fertile en ayant une population bien plus férue de football qu'en France"

Je me rend compte que j'ai une peu près re dis ce que tu avais déjà dit avec cette phrase qui m'avais echappée. En tout cas oui diversifier les recettes et surtout comprendre pourquoi aprés 98 le soufflet est vite retombé comme tu dis. Ca serait interessant d'ailleurs de savoir pourquoi ça n'a pas si bien marché pour éviter de refaire peut être les même erreurs si il y'en a eu.
Jean-PierreD
26 Août 2011
Ouais, bof, la rationalisation de la notoriété (commentaire de Mickael)

On peut dire de même des grosses écuries anglaises qui auraient aussi tout intérêt à dialoguer directement avec les diffuseurs. Un Manchester United a beaucoup plus de notoriété qu'un Norwich City.

Les Anglais ont construit autour d' une conception différente: le championnat se fait à vingt clubs. Un petit club qui bat ou fait match nul contre un actuel leader du championnat, participe à rendre le spectacle et le suspense du championnat plus attrayants.
Les Anglais considèrent que d'avoir des petits clubs, c'est une chance pour le championnat car un élément d'incertitude, une nouveauté etc...

On peut aussi partir comme fait dans le commentaire cité en disant que les petits ont la chance d'avoir les gros pour bien se vendre.

Il n'y a rien de normal dans les deux cas: c'est un choix et une conception différente.

En France, on a clairement opté pour les petits budgets sont une nuisance qui empêchent les gros budgets d'être en tête de classement.

Tout ça pour dire qu'il n'y a rien de normal dans la grosse part de la notoriété réservée en France. Il y a probablement un plus gros écart de notoriété entre Norwich City et Manchester United qu'en Marseille et Paris et Dijon.
Et pourtant...
Bonjour,
votre article est très bien mais comporte une grosse erreur. Effectivement vous basés toute votre répartition des droits TV sur un chiffre de 517 millions d'euros pour la saison 2010/2011. Or le rapport de la DNCG de cette même année précise des recettes Droit TV pour la Ligue 1 de 607 485 millions d'euros. Votre graphique circulaire est faux ainsi que certains chiffres dans la présentation faite avant le graphique.
Cordialement,