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Moustache Football Club, réflexion et analyse sur l'actualité du football.

Cyclisme et Football : même combat ?

Cyclisme et Football : même combat ?

Populaires au possible, cyclisme et football se partagent l'amour des spectateurs, qu'ils soient au bord de la route ou dans les tribunes. En plein Tour de France, le Moustache Football Club se lance à la poursuite d'une analyse croisée de la représentation de ces deux disciplines qui en dit beaucoup sur notre propre conception du sport en France.

Populaires au possible, cyclisme et football se partagent l'amour des spectateurs, qu'ils soient au bord de la route ou dans les tribunes. En plein Tour de France, le Moustache Football Club se lance à la poursuite d'une analyse croisée de la représentation de ces deux disciplines qui en dit beaucoup sur notre propre conception du sport en France.



DES ORIGINES BOURGEOISES SIMILAIRES

Le football et le cyclisme partagent tous les deux le fait d'être le symbole de l'avancée de la modernité industrielle, de la montée en puissance de la bourgeoisie et des prémices de la classe des loisirs. Comme le football, le cyclisme prend sa forme moderne grâce au Royaume-Uni et l'invention de la bicyclette telle que nous la connaissons (pédalier à chaîne qui actionne la roue arrière). Jusque là, la draisienne, inventée par l'Allemand Von Draiss en 1817 est essentiellement l'outil de loisir d'une partie de la population qui avait les moyens de se l'offrir. Il faut attendre la production industrielle de la bicyclette. Le vélo loisir devient alors vélo utilitaire. En 1869, on compte pas moins de 200 «véloces clubs » selon Philippe Gaboriau dans « le tour de France et le vélo »).



UNE DIMENSION SPORTIVE INTERNATIONALE QUI EMANE D'UN FRANCAIS

Tout comme Jules Rimet en football, l'envergure internationale que prend le cyclisme émane d'une volonté française. Henri Dégrange, coureur cycliste qui devient propriétaire...du Parc des Princes puis du Vel d'Hiv en 1903, est parallèlement le directeur du journal l'Auto. L'origine du Tour de France est très interessante, Initialement, "l'Auto" se nomme "l'Auto-Vélo", mais le journal perd son procès attenté par le journal concurrent « le Vélo », qui le trouve trop similaire. Afin de ne pas souffrir de pertes trop importantes lié à la popularité des courses cyclistes, Degrange a l'idée de lancer « la plus grande course cycliste jamais réalisée », sponsorisée par "l'Auto". La Grande Boucle est née, le journal « le Vélo » disparaît l'année suivante, « l'Auto » rentre dans la postérité et plus de 100 ans après, la compétition est la plus grande manifestation sportive annuelle.



FOOTBALL SPORT DES VILLES, CYCLISME SPORT DES CAMPAGNES ?

Autre similitude qui unit les deux sports, c'est leur évolution qui a conduit la pratique sportive initialement bourgeoise à être accaparé par les classes moyenne et populaire. Dans les deux cas, la simplicité de la pratique (un vélo et un ballon suffisent) les démocratisent rapidement. Cependant, on peut estimer qu'ils s'opposent territorialement : la pratique associative du football s'inscrit dans le développement métropolitain et industriel lorsque le cyclisme sur route apparaît comme discipline extra-urbaine et se développe dans énormément de régions rurales, telle que la Bretagne (ce qui fera dire à Achille Joinard, ancien président de l'UCI que « la bicylette est fille de Bretagne »).

Cependant, le football doit une partie de son développement aux structures du cyclisme sur piste : jusque dans les années 70-80, les plus grandes stades français furent érigés pour la pratique de la petite reine : Vélodrome de Marseille, Stade Chaban-Delmas à Bordeaux et même le Parc des Princes, propriété de Henri Degrange qui accueille 54 fois l'arrivée du Tour de France avant de se consacrer uniquement au football.




UNE CONCEPTION ROMANTIQUE DU SPORT A LA FRANCAISE

Si les deux sports apparaissent extrêmement populaires, ils le doivent aux hommes qui ont constitué leur légende. Hormis l'histoire récente où les Français peinent à se montrer concurrentiels (il ne nous viendrait pas à l'esprit d'imaginer un Français vainqueur du tour ou de la Ligue des Champions), les deux sports semblent souffrir du syndrome « Poulidor », celui de la glorieuse défaite, de la victoire morale. En football, avant l'épisode de 1998, la France du ballon rond a retenu sur le même piédestal la génération Platini et les poteaux carrés de Glasgow, la main de Vata, l'attentat sur Battiston ou le coup de poignard de dernière minute de Kostadinov...chez les cyclistes, Poulidor conserve une place privilégiée, symbole du monde rural du Massif Central et éternel second qui fut préféré par les Français à Jacques Anquetil, « suppôt de l'agriculture capitaliste et mécanisée » selon Michel Winock.

Le culte français de la belle défaite renvoie à une approche très théâtrale du sport, qu'importe le résultat, la tragédie ou l'euphorie, l'histoire doit s'écrire dans le sang, la sueur et les larmes. Cette représentation du sport français peut expliquer le désamour porté aux champions « scientifiques », qui ne laissent ni la place au hasard, ni de miettes à leurs concurrents. Anquetil, Indurain, Amstrong, dont l'austérité n'avait d'égal que leur suprématie nous font penser à l'hégémonie lyonnaise du début des années 2000 dans le monde du ballon rond : des victoires implacables qui nuisent à la construction d'une histoire à rebondissement et qui suscitent la jalousie et de faibles effusions de joie.




DEUX SPORTS EN RECONQUÊTE DE CRÉDIBILITÉ

Leurs popularités respectives conduisent à une médiatisation qui amplifie le moindre travers. Football et cyclisme traversent une crise de valeur en ce début de XXIe siècle. Paradoxalement, elle ne semble pas avoir d'impact sur leur popularité. Le football cristallise une somme de critiques dont la cause principale est l'omniprésence de l'intérêt financier au détriment des autres objectifs du sport : rôle et influence de la télévision, conflit entre supporters et dirigeants, répartition des richesses qui n'a rien à voir avec les résultats sportifs... Le point d'orgue de cette remise en cause d'une éthique du football en France, c'est Knysna et la grève de « milliardaires en short » qui vont se ridiculiser devant le monde entier. Un événement saisi par le monde politique qui va amplifier l’événement et aboutir à des réflexions extra-sportives qui gangrènent actuellement le débat républicain.

En cyclisme, la remise en question éthique fut plus surprenante, moins latente et semble ne pas avoir de fin : en 1998, alors que la France du football s'éveille, celle du cyclisme a la gueule de bois. Richard Virenque, Laurent Brochard et l'ensemble de l'équipe Festina, idoles de tout un peuple sont pris par la patrouille antidopage et sont exclus du tour. Les polémiques s’enchaînent : Ulrich, Vinokourov, Pantani, Contador ou Armstrong, tous les vainqueurs attisent la suspicion. Les amateurs de ces deux disciplines cherchent d'ailleurs un nouveau modèle de simplicité et de vertu : Voeckler et son profil de bon français modeste, les filles footballeuses, chacun y cherche son symbole de rédemption...







 

 
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Totohinho
18 Juillet 2011
Superbe article, avec une analyse très juste de la mentalité des français par rapport au sport: la victoire n'est pas l'importante, ce qui compte en fait c'est la glorieuse victoire gagnée dans l'adversité!
Très bel article ! Il est totalement vrai que nous n'avons pas la culture de la gagne que peuvent avoir les Américains. Cependant, quand Hinault ou Anquetil gagnaient 5 fois le Tour, ils ne se dopaient "qu'aux" amphétamines, mais se dopaient... Mais eux au moins faisaient toute la saison et le panache était de mise ! Au passage, Vino n'a pas remporté le Tour ;).

Quant au rapport avec le football, le sport roi dans le monde devrait prendre exemple sur les efforts faits par l'UCI concernant le dopage. Et pour améliorer son image, la FFF devrait prendre exemple sur la fédération de cyclisme qui est vraiment allée au bout de ses Etats généraux, elle !
Excellent. Très beau parallèle.
Excellent. Très beau parallèle.